vendredi 15 janvier 2021

J'étais bon pour de longues joutes verbales avec le mur

 L'histoire m'avait retiré ses projecteurs. Le vide chantait dans mon cœur et j'avais hâte de me soustraire, de plier la tente (...) J'avais fait mon temps comme on dit. Il fallait prendre garde, sinon j'étais bon pour de longues joutes verbales avec le mur. Le miroir s'était retourné, je voyais l'avenir - un vieil acteur qui fouille les poubelles devant le théâtre de ses triomphes perdus.
Bob Dylan
Chroniques

En attendant la lumière -5

 

mercredi 13 janvier 2021

Faire revivre une autre idée

L'espace d'un temps très court
on pense à des images
Brusquement sans que l'on sache pourquoi
la pensée s'échappe
il reste la lumière
 
On lève alors l'appareil à peine réglé
une photographie est faite
une photographie sans rapport avec la pensée disparue
mais qui, elle, va durer
 
Des années plus tard
la revoir fera revivre une autre idée
Raymond Depardon
Hivers
Arfuyen/ Magnum
 

En attendant la lumière - 3


 

mercredi 6 janvier 2021

Sutor, ne ultra crepidam

Voilà l'homme tout entier, s'en prenant à sa chaussure alors que c'est son pied le coupable.
Samuel Becket
En attendant Godot


l’ultracrépidarianisme : 
Ce mot est dérivé de la locution latine Sutor, ne supra crepidam, qui signifie littéralement : « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure », et équivaut à l’expression moderne « à chacun son métier, les vaches seront bien gardées ».

Selon le dictionnaire Orthodidacte, ce mot aurait été emprunté à l’anglais ultracrepidarianism, et utilisé pour la première fois en 1819 par l'écrivain William Hazlitt (1778-1830) à propos du critique littéraire britannique William Gifford (1756-1826). En France le mot serait apparu à partir de 2014.

Wikipédia


Du sud au nord


lundi 4 janvier 2021

Moments importants

La photographie parle de tous les moments apparemment sans importance qui ont en fait tant d'importance.
Bernard Plossu

Marcher la nuit


 

Malgré tout

Il sait malgré tout qu'il suffira qu'une des ses phrases soit plus intelligente que lui pour que ce miracle fasse de lui un écrivain.
Hervé Le Tellier
L'anomalie
p.172

vendredi 25 décembre 2020

Fin de l'histoire


 

A christmas carol


A 40 ans Franz Kafka qui ne s'est jamais marié et n'avait pas d'enfants, se promenait dans le parc de Berlin quand il rencontra une petite fille qui pleurait parce qu'elle avait perdu sa poupée préférée .
Elle et Kafka ont cherché la poupée sans succès .
Kafka lui a demandé de le rencontrer le lendemain et ils reviendraient la chercher .
Le lendemain, alors qu'ils n'avaient pas encore trouvé la poupée, Kafka donna à la petite fille une lettre écrite de la poupée qui disait :
-S'il te plaît ne pleure pas. J'ai fait un voyage pour voir le monde. Je vais t'écrire sur mes aventures .
C'est ainsi que commença une histoire qui se poursuit jusqu'à la fin de la vie de Kafka.
Lors de leurs rencontres, Kafka lisait les lettres de poupée soigneusement écrites avec des aventures et des conversations que l'enfant trouvait adorables.
Enfin, Kafka, de retour à Berlin, lui ramena la poupée (en acheta une).
- Elle ne ressemble pas du tout à ma poupée, dit la petite fille.
Kafka lui a remis une autre lettre dans laquelle la poupée écrivait :
- Mes voyages m'ont changé.
La petite fille a embrassé la nouvelle poupée et l'a ramené toute heureuse à la maison .
Un an plus tard, Kafka décède.
Plusieurs années plus tard, la petite fille désormais adulte trouve une lettre à l'intérieur de la poupée .
Dans la minuscule lettre signée par Kafka, il était écrit :
-Tout ce que tu aimes sera probablement perdu , mais à la fin l'amour reviendra d'une autre façon.

Source

mercredi 23 décembre 2020

Au plus profond de nous mêmes

 Je photographie en me laissant surprendre, souvent dans l'urgence, avec le désir d'être libre, à l'affût de toutes sortes de capteurs, en état de réception extrême. Comment je découpe, je cadre mon image à la prise de vue, je bascule l'appareil ou pas, quelle distance je choisis vis à vis du sujet, ce qui se révèle à moi, cela reste une interaction pleine de mystère. Mais je suis persuadé que les vraies images, nous les portons déjà au plus profond de nous mêmes, l'exercice est finalement de les retrouver à partir du réel en se demandant si ce n'est plutôt elles qui nous choisissent.

Didier Ben Loulou
Mise au point
Entretiens avec Fabien Ribery

La disparition des chênes


 

samedi 19 décembre 2020

L'ennemie de ce qui la dépasse

Le général athénien de Thucydide - à vous faire froid dans le dos, celui-là. Quatre siècles avant Jésus-Christ, Thucydide vous explique que la nature humaine est constamment l'ennemie de ce qui la dépasse. Que les mots de son temps perdent peu à peu leur sens. Qu'en un clin d'oeil on peut retourner une opinion, dénaturer un fait. Comme si rien n'avait changé entre son époque et la mienne.
Il y avait aussi des romans de Gogol et de Balzac, de Maupassant, de Hugo et de Dickens. J'ouvrais en général un livre n'importe où, j'en lisais quelques pages et, si ça me plaisait, je revenais au début.

Bob Dylan
Chroniques volume 1
(2004)

Seulement une question de patience