lundi 15 avril 2019

mardi 2 avril 2019

Distraire à tout prix


Un clown est un solitaire, quelqu'un qui fait rire avec ses peurs et qui est capable de vous mettre face à ses angoisses. Le monde lui fait tellement peur qu'il essaie à tout prix de distraire. 
José Garcia
Boomerang / Augustin Trappenard 
28/03/2019

Texte de Bonaventure Gacon, clown Boudu cité par José Garcia
"Aujourd'hui, on dirait que les clowns n'existent plus... Ce ne serait plus qu'une figure, un déguisement.
Pourquoi la presse titre " les clowns terrifiants " au lieu de dire que des gens se déguisent en clown pour terrifier ?
S’ils s'étaient déguisés en bonnes sœurs auriez vous titré " les bonnes sœurs attaquent ? ".
Ces gens qui attaquent et qui font peur ne sont pas des clowns, ils sont déguisés en clown !
Les médias font tranquillement l'amalgame, oubliant ainsi ce long et difficile travail de réhabilitation du clown qui a mis des années à sortir du rôle tarte à la crème qu'on lui réservait. Maintenant il fait peur, il pourrait tuer peut-être. Mais ceux dont vous parlez, ce sont des dérangés qui se gorgent de fictions et profitent des réseaux sociaux pour déverser leur mal être sur des passants. Et ce ne sont pas des solitaires. Le clown, le vrai, est solitaire. Il affronte sa propre peur avec courage parce que c'est son métier de ne pas faire plus que ce qu'il est et d'aller vers les autres sans arme. Le public, dans les salles de théâtre et dans les cirques, le sait, pour l'avoir vécu, mais celui ou celle qui entend que les clowns sont ceux que vous décrivez, jamais plus ils ne viendront voir un spectacle où il y a des clowns.
Sous prétexte qu'il y a deux ou trois couillons qui s'amusent avec une image vous fustigez tout le reste, tout un pan de l'histoire du spectacle vivant, de la poésie, du sensible, du cirque, du théâtre. Vous ne parlez que de Stéphane King et de " l'image du clown ". Que faites-vous des vrais clowns qui ont fait l'histoire, le rire, l'art, le cirque, qui eux appartiennent à l'enfance, à l'imaginaire ?
Allez hop ! Fellini, Buster Keaton, Pierre Etaix, Devos, Zouc, Grock, Charly Rivel, George Carl, les Fratellini, Coluche, Zavatta et les contemporains comme Arletti, Adèll, Madame Françoise, Gilles Defacque, Zig, Otto et bien d'autres...
Allez hop ! tout le monde au placard, à la poubelle, car aujourd'hui « les clowns ne font plus rire personne » et cela juste parce qu'on a volé leurs froques, leurs silhouettes. Vous les médias vous sautez à deux pieds dans le gros gâteau gras. Vous ne défendez pas la culture, la fragilité, la sensibilité ; vous jouez le jeu de ces voyous. Juste l'image, uniquement l'image... Il n'y à plus que ça qui intéresse aujourd'hui. Pour vous l'art n'existe pas !
Qu'avons nous fait pour nous retrouver, nous, « Les clowns au pilori » juste parce qu'on nous a volé notre nez, notre costume ?
On dirait que l'on ne garde de l'art du clown que l'image, et qui plus est, la plus sordide.
La lorgnette par laquelle vous regardez est bien petite et bien triste."

Bonaventure Gacon, le 1er novembre 2014.
Note : nous avons enlevé les références des titres de la presse.(trouvé sur le site du Figaro)

lundi 25 mars 2019

J’ai une forte nostalgie pour l’avenir

La vie peut être définie par les décisions que l’on prend. Sans doute, les plus grandes décisions que j’ai prises peuvent être réduites à une poignée d’exemples. Bien sûr, la première décision importante que j’ai prise a été de m’engager dans la photographie. la seconde était d’utiliser uniquement le Leica; la troisième était de pratiquer le yoga tous les matins; la quatrième était celle de rejeter la photographie commerciale et de me concentrer entièrement à mon travail personnel; la cinquième grande décision a été de partager ma vie avec Mary Jane; la sixième a été de cessé de boire et, plus récemment, la septième passer à la photographie numérique. Et voilà! 80 ans en sept décisions.
J’ai une forte nostalgie pour l’avenir.
Ralph Gibson

Au pêcher !


samedi 23 mars 2019

Juste une question d'instrument


J'ai longtemps été fasciné par les pianistes d'ambiance.
Un type qui traîne dans un grand restaurant chic des films américains de l'entre-deux guerres
Un type que personne écoute et qui sert surtout à camoufler ce qu'il se dit à la table d'à côté
Avec style et plus de classe qu'un juke-box
Celui qui fait semblant de se moquer de l'indifférence général...et qui joue pendant des heures
Et la famille est fière de le citer parce que c'est l'artiste de la famille
Mais une fois qu'on a dit ça on sait plus trop quoi dire d'autre
Et on sort des séries d'évidences, de gros lieux communs comme «il est gentil
Mais c'est comme tous les artistes il est feignant». C'est peut-être vrai quelque fois...
Hormis ceux qu'on réussit alors là on dit: «Vous avez du travaillez beaucoup pour en arriver là!»
J'ai longtemps voulu être celui que l'on regarde avec un petit sourire plein de circonspection
Parce qu'on le trouve étrange, il est pas comme tout le monde
Celui qu'on comprend pas bien, celui qu'on fait semblant de pas voir quand on le croise
Parce qu'il colle pas avec le décor...
Parce qu'on a peur de tout ce que l'on ne connaît pas, de tout ce que l'on ne comprend pas
Parce que les étrangers que l'on préfère encore c'est les étrangers de couleurs parce qu'on les repère de loin...

Les Pianistes d'ambiances de Charlélie Couture