samedi 26 septembre 2026

C’est là que se fomente la littérature.

 De l’affaire Theylison Orelien, je n’ai rien d’intéressant à dire, rien qui n’aie été dit mieux, ailleurs, partout. Nous entrons dans l’ère du doute. D’accord. Mais pour celui qui écrit, cette affaire touche au livre, pas à la littérature. Elle sème la confusion dans une industrie, le barnum des prix, les choix du consommateur qui tient plus ou moins à sentir de l’humain au bout du fil quand il lit un roman. Mais la littérature n’a rien à voir là-dedans. Pour celui ou celle qui met ce totem à la plus haute place, la littérature est d’abord une affaire personnelle. Un rapport entre un être, une langue, le monde. La littérature c’est ça, cette ascèse-là, cette difficulté, cette douleur parfois. Cette jubilation quand ça veut bien. Baudelaire disait il n’y a pas 200 lecteurs en France. Dans Monsieur Test, Paul Valéry invente un auteur qui n’a jamais pris la peine de chercher à se faire éditer. L’IA, on n’y coupera pas. Le soupçon sera désormais partout. Mais du côté de la réception. Du côté du marché. Du côté de la marque. Il faudra peut-être même des labels, allez savoir. Évidemment, quand on écrit, on rêve de lecteurs. On peut même désirer le succès et en vivre. Mais reprenons du départ, calmement et jusqu’au bout. Pour celui qui est enfermé dans sa chambre et mène sa guerre, sa vengeance maximale, qui s’échine à ses célébrations et ses extases, ces questions n’existent pas. Tout se passe entre lui, des mots, la vie. Il y joue sa peau. Il se tue à des épithètes et se rend fou des années durant pour se faire un style, une arme, une langue et aller la frotter ensuite à ce qui existe. On écrit pour se rendre le monde habitable, pour ne pas crever d’un chagrin d’amour, pour se sortir la peur ou la haine du corps, pour témoigner que nous fûmes, pour se dire je suis seul au monde et pourtant je suis tout l’univers. C’est là que se fomente la littérature. Tant qu’il y aura des damnés pour s’y coller, se survivre par des phrases et s’esquinter de syntaxe, la littérature est sauve. On écrit comme on monte un col, pour sentir sa force, aller au bout de sa détresse, on écrit comme on joue au tennis, parce qu’à la fin, la beauté vient d’un corps.

Nicolas Mathieu 

26 septembre

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