mercredi 30 novembre 2016

Reboucher un trou de mémoire

Je me demande où va le temps qui passe.
Je me demande s’il est possible de reboucher un trou de mémoire.
Je me demande si demain j’aurai encore quelque chose à me demander.
Je me demande comment je n’y ai pas pensé plus tôt.
Je me demande si une idée ne vient pas de m’effleurer l’esprit.
Je me demande pourquoi je me pose toutes ces questions.
Je me demande ce que les autres se demandent.

(Pierre Barachant, Je me demande, éditions l’Atelier du Hanneton, 2005 *).
Source : Lichen revue de poésie

Un veilleur à Grenoble


jeudi 24 novembre 2016

Manger du blanc



On essaie de faire des pulls avec dix ficelles

Artiste

Nous naissons tous fous avec une vie pour guérir
Tant qu'une belle vérité reste à conquérir
Trouver l'idée qui marche deux cent ans
L’impression de le faire en plaisantant
Accueillis comme des clowns pas drôles
A la profonde parole des puits de pétrole
Avant que la fortune soit subite
Tous les génies étaient stupides
Couver le feu dans la glace qu'on s'y réunisse;
Des fois; excusez nous la réussite
Ceux qui n’aiment pas n’ont qu’à le faire d’abord
Allez mettre plus de dix personnes d’accord

Artiste c'est pas difficile
On essaie de faire un pull avec dix ficelles
Tu peins des chansons à la décibel
Pour trouver ce truc qui nous la rend si belle
Artiste c'est pas difficile

On essaie de faire un pull avec dix ficelles
Tu peins des chansons à la décibel
Trouver cette chose qui nous la rend si belle
Il faut plus que des qualités
Pour modestement changer l'Humanité
Devenir la première personne des singuliers
Se passe rarement de façon régulière
Et de l’œuvre, comment chiffrer la valeur
Lors qu’à table le succès devient l'avaleur?
Le suspense des prochains loyers
Peut causer des problème de loyauté
Artiste être droit dans ses bottes
Être des trois sur dix milles, et garder ses potes
Pouvoir rebondir en abondance
En gardant votre sourire et puis tant qu’on danse

Artiste c'est pas difficile
On essaie de faire un pull avec dix ficelles
Tu peins des chansons à la décibel
Pour trouver ce truc qui nous la rend si belle
Artiste c'est pas difficile
On essaie de faire un pull avec dix ficelles
Tu peins des chansons à la décibel

Trouver cette chose qui nous la rend si belle
Exister grâce à quelques fans
Pas de milliers d’amis ni de centaines de femmes
Une vie de famille acrobatique
Artiste, c'est pour ça qu'elle t'aime et puis te quitte
La peur d'être archivé parce qu’on fait moins bien
Appartenir au passé d'un succès lointain
Y mettre toute son âme et si c'est nul
Comprenez que les critiques soient malvenues
Le temps guette, les nouveaux arrivent
Tant de poissons vont s’y ronger la griffe

Artiste c'est pas difficile
On essaie de faire un pull avec dix ficelles
Tu peins des chansons à la décibel
Pour trouver ce truc qui nous la rend si belle
Artiste c'est pas difficile
On essaie de faire un pull avec dix ficelles
Tu peins des chansons à la décibel
Trouver cette chose qui nous la rend si belle

Abdoulaye Diarra • © Warner/Chappell Music, Inc

lundi 21 novembre 2016

Un après midi au musée


L'algèbre des mélancolies

Confessions d'un Never Been

Les joyeux éboueurs des âmes délabrées
Se vautrent dans l'algèbre des mélancolies
Traînant leurs métastases de rêve karchérisé
Entre les draps poisseux des siècles d'insomnie
Ça sent la vieille guenille et l'épicier cafard
Dans ce chagrin des glandes qu'on appelle l'Amour
Où les noirs funambules du vieux cirque barbare
Se pissent dans le froc en riant de leurs tours

J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock'n'roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown

Je rêve d'être flambé au dessus du Vésuve
Et me défonce au gaz échappé d'un diesel
À la manufacture métaphysique d'effluves
Où mes synapses explosent en millions d'étincelles
Reflets de flammes en fleurs dans les yeux du cheval
Que j'embrasse à Turin pour en faire un complice
Ivre de prolixine et d'acide cortical
Je dégaine mon walter PPK de service

J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock'n'roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown

Bien vibré, bien relax en un tempo laid back
Rasta lunaire baisant la main d'Oméga Queen
Je crache dans ma tête les vapeurs d'ammoniaque
D'un sturm und drang sans fin, au bout du never-been
Fac-similé d'amour et de tranquillisants
Dans la clarté chimique de ma nuit carcérale
Je suis l'évêque étrusque, un lycanthrope errant
Qui patrouille dans le gel obscur de mon mental

J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock'n'roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown.

vendredi 18 novembre 2016

Laisser une trace


Et range ton arme, ton caillou

AVANT QUE JE M'ENNUIE
Chérie si tu veux que ça bouge
Si tu veux que ça m'émeut
Si tu veux que nous,
On refasse du feu
Si tu as envie
Et Si tu veux que je moi aussi

Chérie si tu cherches moi
Si tu veux de l'appui
Si tu veux du poids
Si tu veux que la nuit
Je me mets sur toi
Oui si tu veux qu'avec toi je crie

Avant que je m'ennuie
Avant que je m'enfuie
Avant que je m'enfuie

Chérie sors de ton trou
Montre-moi ta flamme,


Oui montre-moi tout
Si t' es une femme montre-moi dessous
Montre-moi tes charmes, jusqu'au bout

Oh oui donne-moi ton goût
Moi que tu affames
Donne-moi ton cou
Si tu veux que je brame
Mets-toi à genoux
Et range ton arme, ton caillou

Avant que je m'ennuie
Avant que je m'enfuie
Avant que je m'enfuie

Avant que je m'ennuie
Avant que je m'enfuie
Avant que je m'enfuie

Mathieu Boogaerts

jeudi 17 novembre 2016

Mitoyens


Quelle autre solution que se dissoudre

FAITES VENIR
 
Dans ma cornue
J'y ai versé
Six gouttes de ciguë
Un peu d'espoir
Ça  d'épaisseur
Et j'ai touillé
Du fond de ma boutique
Monte un cantique
Un hymne à l'amour aurifère
Ébullition
Réaction
Faites monter l'arsenic
Faites monter le mercure
Faites monter l'aventure
Au-dessus de la ceinture
Et les pépites
Jetez les aux ordures
Dans ma cornue
J'y ai versé
Une pincée d'orgueil
Mal placé
Un peu de gâchis
En souvenir de ton corps
Dans ma cornue
J'y ai coulé
Une poignée d'orages
Dans ma cornue
J'y suis tombé
Quelle autre solution
Que de se dissoudre
Faites monter l'arsenic
Faites monter le mercure
Faites monter l'aventure
Au-dessus de la ceinture
Et les pépites
Jetez les aux ordures
Dans les faubourgs
Je décante
Le soir à la lune montante
Au matinée reprends connaissance
Ébullition
Réaction
Faites monter l'adrénaline
Faites monter le mercure
Faites monter l'aventure
Au-dessus de la ceinture
Et les pépites
Jetez les aux ordures
Faites monter
Faites monter
Faites monter l'adrénaline
Faites monter le mercure
Faites monter l'aventure
Au-dessus de la ceinture
Faites monter
Faites monter
 Alain Bashung, Ludovic Bource, Jean Marie Fauque 

dimanche 13 novembre 2016

La saison des trains électriques


La solitude solitaire

Je ne prétends pas qu'avec un enfant on soit moins seule... Au contraire ! Quand une femme a mis un enfant au monde, qu'il soit tout petit, ou qu'il soit " devenu grand", elle entre dans une autre solitude terrible. Une solitude faite de jubilation et d'inquiétude. Il n' y a pas de mots pour ça ! Un mélange de bonheur et de détresse. Une fierté immense, idiote. Un sentiment de fragilité des êtres. Un souci qui peut la rendre folle et dont elle ne parle pas. Tout en sachant que les autres mères ont ça aussi dans le ventre. Les femmes qui n'ont pas eu d'enfant ne connaissent que la solitude solitaire. La même que les hommes. Pas cette solitude terrible des mères.
Pierre Péju
La diagonale du vide

mardi 8 novembre 2016

Matin d'automne


Grands soirs

Tes grains de beauté dans le dos
Je les ai comptés un par un
Comme les points dans ces jeux idiots
Qu'on relie pour faire un dessin

Et pour ta peau de léopard
Moi j'aurais marché sur les mains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?

Rappelle toi que l'on riait
Nous étions ivres un jour sur deux
Tu dansais, moi je titubais
Et nous en prenions jusque aux yeux

Mais quand c'est fini c'est trop boire
Quand c'est rendre tout ce trop plein
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?


Et toute la nuit sur cette place
S'embrasser au cœur de la foule
Ta mèche que la brise agace
Comme une petite vague qui roule

Était-ce le vent de l'histoire
La promesse des beaux lendemains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?

Tes grains de beauté dans le dos
C'est à peine si je m'en souviens
C'est comme les fleurs, comme les photos
C'est comme les vieux horaires de train

C'est comme rangé dans un tiroir
Ça fane, ça jaunit, ça déteint
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?


En savoir plus sur http://www.paroles.net/alex-beaupain/paroles-grands-soirs#WIsbFubTkwbgaocF.99

dimanche 6 novembre 2016

Fils de

Amis nous nous sommes égarés
Nous étions une poignée de bougres à flâner,
le long des faubourgs trop vides
Sur les bancs des dortoirs glacés de la ville 

Issus des rangs de la middle-class, du middle-west
Fumeurs de bangs, blancs comme les neiges éternelles de l'Everest
Zombies qui commentent la voûte céleste

Fils de hippies
Fils de centristes
Fils des enfants de mai 68
Fils de l'idéal, du général
Fils errants dans l'ère Mitterrand
Fils de la bière et du néant
Fils de l'idéal, du général

Amis nous nous sommes égarés
Nous étions une poignée de bougres à glaner
Le son des trains de banlieue,
faisait gronder la terre du milieu

Rien ne tangue à part nos langues assoiffées
du vocable des fables rugueuses où les fées enfuies,
abandonnent les hommes au milieu de la nuit

Fils de hippies
Fils de centristes
Fils des enfants de mai 68
Fils de l'idéal, du général
Fils errants dans l'ère Mitterrand
Fils de la bière et du néant
Fils de l'idéal, du général

Et puis, nous nous sommes éloignés
Dans le temps, nous avons pris bedaine et poignées d'amour
Nos corps oublieux s'affaissaient sur la terre du milieu

Issus des rangs de la middle- class, du middle- west
Fumés par les gangs, méprisés par les ascètes
Assis ont oublié la voûte céleste

Fils de hippies
Fils de centristes
Fils des enfants de mai 68
Fils de l'idéal,du général

Et puis, les avions se sont crashés
Et soudain toute la terre s'est mise à trembler
Mettant à sang et à feu, les deux tours de la terre du milieu

En savoir plus sur http://www.paroles.net/alexis-hk/paroles-fils-de#6CKtmjgtI0Fcom0c.99

Sale temps


samedi 5 novembre 2016

Saint Cochon


Un chat noir dans l'obscurité de la nuit

Attraper un chat noir dans l'obscurité de la nuit est, dit-on, la chose la plus difficile qui soit. Surtout s'il n'y en a pas.
Je veux dire : surtout s'il n'y a pas de chat dans la nuit où l'on cherche.
Ainsi parle un vieux proverbe chinois à la paternité incertaine. Du Confucius. Paraît-il. J'aurais plutôt pensé à un moine japonais ou bien un humoriste anglais. Ce qui revient à peu près au même. (...)
Philippe Forest
Le chat de Schrödinger
(prologue)

jeudi 3 novembre 2016

Mes épaules

Les nouveaux murs de la maison
Sous la peinture et les faux plafonds
Notre futur en question
Le souvenir de mes vies premières
Troupeaux de moutons de poussières
Mes gravats de célibataire
Et cet enfant qui pleure qui mange
Kilos de lait, kilos de langes
Et tout cet amour en échange
J'espère, c'est peu de le dire
J'espère que tout ça va tenir

Sur mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien carrées
Mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien gaulées, pas baraquées
Pas balaises

L'amour, l'humour, l'humeur égale
Les deux ampoules sur ton visage
Qui s'illumine quand je pédale
Le poids de mon nom ridicule
De ce fantôme à particule
Qui avance quand je recule
J'espère, c'est peu de le dire
J'espère que tout ça va tenir

Sur mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien carrées
Mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien gaulées, pas baraquées
Sur mes épaules, mes épaules, mes épaules
Mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien gaulées, pas baraquées
Pas gagné

Si ça tient, tu m'épouses
Pour mes épaules, mes épaules, mes épaules
Mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien gaulées, pas baraquées
Pour mes épaules, mes épaules, mes épaules
Mes épaules, mes épaules, mes épaules
Pas bien gaulées, pas baraquées
Les nouveaux murs de la maison
Sous la peinture et les faux plafonds
Notre futur en question

Written by Albin De La Simone • Copyright © Warner/Chappell Music, Inc

Face au vent


mercredi 2 novembre 2016

mardi 1 novembre 2016

Photos de familles

Mes parents prenaient des photographies quand nous nous y attendions le moins, et il fallait poser. Lors d'une visite un peu guindée chez des gens que nous connaissions à peine. Nous sommes debout, au fond d'un jardin inconnu, sous les lilas en fleur, le visage perdu d'ombres, moucheté, tacheté. Dans la rue déserte d'un dimanche d'hiver, au bord d'un trottoir, par une lumière grise et pâle. A la fin d'une banale balade sur les quais. Un cargo quittait le port. Ils ne photographiaient pas le cargo, mais nous, les sœurs, contre un mur. Tandis que la corne de brume du remorqueur se perdait vers le nord, tandis que les mouettes déployaient leur vol lent. C'était souvent ainsi, incongru, déplacé. Ils photographiaient hors sujet, à côté. A côté des gens, du paysage, à côté de l'instant, de son émotion.
Anne-Marie Garat
Photo de famille

Trouble de mémoire