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dimanche 21 mars 2021

L'un de nous ne peut avoir tort


I lit a thin green candle, to make you jealous of me.
But the room just filled up with mosquitos,
They heard that my body was free.
Then I took the dust of a long sleepless night
And I put it in your little shoe.
And then I confess that I tortured the dress
That you wore for the world to look through.
 

I showed my heart to the doctor: he said I just have to quit.
Then he wrote himself a prescription,
And your name was mentioned in it!
Then he locked himself in a library shelf
With the details of our honeymoon,
And I hear from the nurse that he's gotten much worse
And his practice is all in a ruin.
 

I heard of a saint who had loved you,
So I studied all night in his school.
He taught that the duty of lovers
Is to tarnish the golden rule.
And just when I was sure that his teachings were pure
He drowned himself in the pool.
His body is gone but back here on the lawn
His spirit continues to drool.
 

An Eskimo showed me a movie
He'd recently taken of you:
The poor man could hardly stop shivering,
His lips and his fingers were blue.
I suppose that he froze when the wind took your clothes
And I guess he just never got warm.
But you stand there so nice, in your blizzard of ice,
Oh please let me come into the storm.

Léonard Cohen

dimanche 1 novembre 2020

Ce fameux imper bleu

Mais la première fois que j’ai succombé à la lenteur fascinante de Famous Blue Raincoat, j’avais 14 ou 15 ans. N’étudiant pas l’anglais, je ne comprenais pas grand-chose aux paroles. J’avais pourtant l’impression de ressentir cette chanson dans chacune de mes fibres. You’re Living’ for Nothing Now, en plus d’être assez simple, ça n’avait nul besoin de traduction. Je crois que c’est la lenteur qui m’impressionnait par-dessus tout. Elle s’accordait étrangement au métabolisme d’un ado provincial aussi porté à l’exubérance qu’un hérisson neurasthénique. Je ne savais presque rien de Léonard Cohen, que j’ai donc attaqué par la face noire. Le disque était à ma grande sœur, je lui piquais aussi The Favorite Game, traduit chez 10/18, un roman poétique dont les pages débordaient de sexe.

François Gorin
Télérama.fr
21/05/2020

jeudi 21 mai 2020

You're living for nothing now


On dit souvent que nos vraies passions musicales naissent à l’adolescence – « et les amours qui suivent sont moins involontaires » (La Bruyère). La chance du critique – et sa malédiction – est, sinon de prolonger cette phase transitoire de la vie, d’en connaître plusieurs. Mais la première fois que j’ai succombé à la lenteur fascinante de Famous Blue Raincoat, j’avais 14 ou 15 ans. N’étudiant pas l’anglais, je ne comprenais pas grand-chose aux paroles. J’avais pourtant l’impression de ressentir cette chanson dans chacune de mes fibres. You’re Living’ for Nothing Now, en plus d’être assez simple, ça n’avait nul besoin de traduction. Je crois que c’est la lenteur qui m’impressionnait par-dessus tout. Elle s’accordait étrangement au métabolisme d’un ado provincial aussi porté à l’exubérance qu’un hérisson neurasthénique. Je ne savais presque rien de Leonard Cohen, que j’ai donc attaqué par la face noire. Le disque était à ma grande sœur, je lui piquais aussi The Favorite Game, traduit chez 10/18, un roman poétique dont les pages débordaient de sexe.
François Gorin
Télérama.fr
21/05/2020