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samedi 16 août 2025

La branche a tremblé sous la maladresse de son atterrissage

Je n'ai absolument rien fait de cette journée, qu'ouvrir au matin les fenêtres de la cuisine et de la chambre, laisser les nuages entrer dans l'appartement et frotter leur silence au silence régnant dans ces pièces. Oui, voilà ce que j'ai fait de ma journée, j'ai ouvert les fenêtres sur le jour, rien d'autre, et dans ce rien beaucoup de choses se préparaient dont je saurai plus tard le nom, beaucoup plus tard. Au soir, parce que les nuages avaient repris leur errance et que le froid s'invitait sans façon, j'ai refermé les fenêtres. Il était huit heures. De la cuisine, j'ai vu un moineau se poser sur un sapin. La branche a tremblé sous la maladresse de son atterrissage. Dans ce mouvement communiqué à l'immense par presque rien, j'ai reconnu l'image de ma journée et je me suis découvert heureux, comblé. 
Christian Bobin

dimanche 9 juin 2024

L'encre est une fourche

 L'encre est une fourche. Je m'en sers pour piquer dans une meule de silence, ramener une botte de feu et la balancer tous muscles tendus dans la charrette des jours.
Christian Bobin
Le murmure

vendredi 8 mars 2024

La deuxième vie des baignoires

La deuxième vie des baignoires commence dans un pré, c'est la plus belle.

Christian Bobin

 

dimanche 23 avril 2023

Devenir son confident

 L'intelligence n'est pas de se fabriquer une petite boutique originale. L'intelligence est d'écouter la vie et de devenir son confident.
 Christian Bobin
La dame blanche

samedi 26 novembre 2022

La grâce d'un vol

 Dans ce court trajet de la branche à la terre, 
comme elles savent donner une beauté dernière,
et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,
veulent que cette chute ait la grâce d’un vol. 
 Christian Bobin
1951-2022
 


 

mercredi 23 novembre 2022

Le théâtre, c'est simple

  Le théâtre c'est simple : tu t'assieds dans le noir et tu écoutes la lumière. 

Christian Bobin,
Ressusciter.

dimanche 6 novembre 2022

Ces gens - là sont infréquentables

La solitude occupe ma maison à un point incroyable de sans gêne. Elle ne laisse rien en dehors d’elle, sauf la page blanche. C’est lorsque j’écris que je suis le moins seul. La solitude, quand elle monte dans un couple, est terrible, malfaisante. Quand elle entre chez moi, elle est – comment dire: détendue. Elle a ses habitudes, sa place faite. La solitude est une maladie dont on ne guérit qu’à condition de la laisser prendre ses aises et de ne surtout pas chercher le remède, nulle part. J’ai toujours craint ceux qui ne supportent pas d’être seuls et demandent au couple, au travail, à l’ amitié, voire, même au diable ce que ni le couple, ni le travail, ni l’amitié ni le diable ne peuvent donner : une protection contre soi-même, une assurance de ne jamais avoir affaire à la vérité solitaire de sa propre vie. Ces gens-là sont infréquentables. Leur incapacité d’être seuls fait d’eux les personnes les plus seules au monde.
Christian Bobin
L’épuisement

samedi 7 avril 2018

Le bout du monde et le fond du jardin


Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.
 Christian Bobin

jeudi 11 janvier 2018

Les tulipes et alors

La tige des tulipes s'est inclinée très bas, comme les courtisans au passage de leur maître. Le roi-soleil est absent ces jours-ci. Les fleurs sont quand même prêtes à l'accueillir, au cas où
Christian Bobin
Autoportrait au radiateur 

samedi 6 janvier 2018

Je réponds que j'écris sur des fleurs

A la question toujours encombrante : qu'est ce que tu écris en ce moment, je réponds que j'écris sur des fleurs, et qu'un autre jour je choisirai un sujet encore plus mince, plus humble si possible. Une tasse de café noir. Les aventures d'une feuilles de cerisier. Mais pour l'heure, j'ai déjà beaucoup à voir : neuf tulipes pouffant de rire dans un vase transparent. Je regarde leur tremblement sous les ailes du temps qui passe. Elles ont une manière rayonnante d'être sans défense, et j'écris cette phrase sous leur dictée : "Ce qui fait événement, c'est ce qui est vivant, c'est ce qui ne se protège pas de sa perte".
Christian Bobin
Autoportrait au radiateur