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samedi 18 février 2012

Et c'est comme ne plus peindre ...

Le peintre se tue au travail de la même façon que l'écrivain. Mais lui, il ne cesse de nager à la surface de la couleur. C'est à l'aide de surface, et seulement de surfaces qu'il atteint la profondeur.  Même si le chef-d'oeuvre demeure inconnu.
p.77
Je peins et c'est comme ne plus peindre. Et je sais bien que c'est important et émouvant qu'il existe quelque part les femmes, les jeunes filles, et l'amour, et les meules de foin, et les locomotives, et les livres, et les barques. L'existence est l'existence, criblée des balles du temps, et je l'aime, et je sais que tous les évènements du passé ne sont pas du tout perdus, que tous les instants vécus n'ont pas sombré, qu'ils sont là désormais, à la surface, sous chaque feuille arrondie, dans le clapotis, les éclats, les lueurs, les verts, les mauves, les roses, les coups légers du pinceau, et du vert encore, toute la gamme des verts, des bleus. Un étourdissement.
p.79 
Pierre Péju / Le vie courante/ Folio

jeudi 20 octobre 2011

Hiver de l'écrivain


Je fus très tôt persuadé que l'on pouvait être écrivain sans écrire.
Bien sûr ces conceptions ne m'empêchaient pas de tenir de ces carnets qu'on dit "intimes" directement connectés par des fils d'encre électrique aux situations traversées comme aux impressions qui nous traversent. Récits de rêves, relevé à main levé du relief des jours. Régulièrement, je reportais quelques fragments des pages noircies de mes carnets sur de belles feuilles blanches qui se couvraient à leur tour de ratures.
Et puis copier encore et réécrire jusqu'à ce que vienne cet hiver de l'écrivain qui gèle tous les repentirs offrant de ces paysages de mots qu'on appelle un texte.


Pierre Péju
La vie courante
Folio 4159/p.166